Cérémonie de remise des insignes de Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur à Serge Mottuel

jeudi 15 décembre2011

Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Cher Serge,

Créée le 19 mai 1802 par Napoléon BONAPARTE, la Légion d’Honneur est la plus élevée de nos distinctions nationales.

Son prestige est tel qu’aucun évènement politique n’a eu d’influence sur sa destinée et tous les régimes qui se sont succédés l’ont reconnue.

Elle est la reconnaissance officielle de mérites éminents acquis au service de la Nation, soit à titre civil, soit sous les armes.

Après ce bref rappel historique, permettez-moi de vous dire Cher Serge, le plaisir et l’émotion de vous accueillir dans cette salle Capitulaire à l’Hôtel du Département.

Je dois tout d’abord commencer par faire une confidence à vos amis et vos proches réunis aujourd’hui. 

C’est avec un réel plaisir que j’ai accepté d’être votre parrain pour vous remettre cette haute distinction de notre République.

Pour ceux qui vous connaissent, je ne trahirai pas un secret en leur révélant que dès ma réponse donnée, vous avez alors pu mettre en action une réactivité et un sens de l’organisation qui satisferaient beaucoup de responsables politiques au sein de leur cabinet.

Né en 1935, vous êtes, mon Cher Serge, issu d’une famille lyonnaise de résistants de la première heure. Vous connaîtrez ainsi un oncle et une tante résistants au sein du réseau de renseignements Rhône-Isère.

De ces engagements au cours des pages les plus sombres de notre Histoire, vous connaîtrez la dureté et la folie de cette seconde guerre mondiale avec la disparition de votre grand-mère dans les fours crématoires de Ravensbrück.

Un évènement qui marque fortement l’enfant que vous êtes alors mais aussi l’homme que vous deviendrez plus tard.

Mais que dire de cet épisode dans lequel vous m’avez témoigné que Klaus Barbie, le bourreau nazi de Lyon, vous enverra la chemise ensanglantée de votre oncle qu'il vient de torturer et d'envoyer à Dachau et Mauthausen.
 
Ce qui pour nous est un récit, est pour vous une réalité cruelle que vous avez vécue. Celui-ci est aussi un message, pour ces générations qui n’ont pas connu cette période, à ne pas oublier et à se souvenir de celles et ceux qui ont combattu un régime dans lequel plus de dix millions de personnes périrent dans les camps de concentration et d'extermination.

Serge, vous, vous avez échappé de peu à la Gestapo, et pour cela vous avez dû vivre caché dans un maquis des Cévennes.

La guerre finie, votre jeunesse reprend -si je puis dire- le cours de son existence et vous retournez au Lycée Ampère à Lyon où vous obtenez le baccalauréat avant d’être diplômé de l’Institut d’études politiques et de la Chambre de commerce de Madrid en 1958.

Et, c’est là, que sur les bancs d'une université espagnole, vous allez faire une rencontre inédite, mais vous ne le saurez que plus tard.

En effet, vous avez un voisin avec lequel vous vous liez d'amitié.

    - « Quelle chance tu as de pouvoir faire Sciences-Po ! vous dit-il, 
    - Et toi, que vas-tu faire ? lui répondez-vous,
   -  Ici, Franco n'accepterait jamais ce genre d'école... Mon père veut que je fasse une école militaire... Dieu sait où cela va me        mener ! ».

Quelques années plus tard, votre copain de fac devenait.... roi d'Espagne sous le nom de Juan Carlos Primero !

Vous enseignez quelque temps dans un collège de Lyon, mais brusquement, vous perdez vos parents et n'avez plus les moyens de poursuivre vos études jusqu'à l'agrégation.

Vous commencez alors une carrière aux multiples facettes : d'abord ingénieur au service des Études de la Compagnie des Machines Bull, à Paris, où vous intégrez une équipe qui mettra au point les caractères qui permettent le traitement informatique des chèques bancaires. Ils figurent d’ailleurs toujours au pied de tous nos chèques.

Puis, un de vos anciens professeurs de Sciences Po vous propose le poste de Secrétaire Général de la Chambre de Commerce Française du Viêt-Nam à Saïgon. Vous y resterez 3 années au cours desquelles -de 1962 à 1965- vous assurerez la défense des intérêts économiques français.
Vous assisterez ainsi aux derniers jours du colonialisme en Indochine.

De retour à Paris, vous êtes alors directeur de la diffusion de l'édition internationale de L'EXPRESS ce qui vous mènera dans toute l'Europe. Quelques années plus tard, on vous offre des responsabilités dans des Entreprises de distribution de presse et de livres de langue française en Amérique du Nord, à Montréal et à Toronto, ainsi qu’à New-York.

Cinq ans plus tard, pour des raisons familiales graves, vous revenez en France où le hasard -la chance ?- vous mènent chez plusieurs éditeurs.

Vous êtes successivement journaliste, directeur et éditeur de revues techniques et scientifiques (« Chimie actualité », « Nuisances et environnement », « Plastiques modernes et élastomères », « Mesures, régulations, automatismes ») jusqu'au jour où s'offre à vous l'opportunité de devenir Délégué Général de plusieurs syndicats professionnels patronaux spécialisés dans la diffusion de produits sidérurgiques et de métaux.


Pendant 20 ans, vous allez, avec l’énergie et le sens des responsabilités qui vous caractérisent, défendre les intérêts de ces industries, en France, en Europe et à Luxembourg en tant que directeur de Cabinet du Président du Comité consultatif de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier.

En  l’an 2000, vous prenez, à 65 ans, votre retraite.

Quelques années plus tôt, Madeleine avec laquelle vous avez élevé Christabel et qui a eu une longue carrière au Patronat Français (devenu le MEDEF) avait déjà pris la sienne.

Vous allez alors pouvoir profiter un petit peu plus du Loir-et-Cher où vous avez acheté une maison à Marchenoir et où vous vivez depuis près de 25 ans !

Enfin, je devrais plutôt inverser mon propos et dire que le Loir-et-Cher va enfin pouvoir profiter de vous !!

Car la page de votre riche vie professionnelle s’est-elle à peine tournée que vous allez exercer vos talents et votre dévouement au service du Loir-et-Cher.

Au sein de l'Association Locale d’Informations, de Ressources et d’Échanges  -ALIRE- à Blois qui lutte contre l'illettrisme.

Vous en devenez un bénévole actif chargé du soutien aux enfants de 10 à 18 ans en grande difficulté scolaire. Parcourant plusieurs centaines de kilomètres par mois, vous vous rendez partout dans le département - des quartiers nord de Blois, aux Rottes à Vendôme, et dans les plus petits villages - auprès des enfants dont les parents, les responsables des collèges et lycées, les services hospitaliers, les administrations judiciaires et pénitentiaires, les municipalités sollicitent votre aide. 

Vous entrez au Conseil d'administration d'ALIRE puis au Bureau dont vous êtes Vice-Président depuis plusieurs années.


En même temps, vous vous êtes pris au jeu d'enregistrer sur cassettes des livres que ne peuvent pas lire ceux qui voient mal ou pas du tout.



Vous enregistrez ainsi une trentaine d'œuvres littéraires et de romans policiers pour l'Association nationale des Donneurs de Voix qui vous décerne « une médaille de meilleure voix de France ».

Cet engagement envers les autres, vous le prolongerez en prenant la présidence de la Bibliothèque sonore de Loir et Cher que vous mènerez à bien pendant trois ans.

Vous vous faites connaître de la France entière en 2005 car vous enregistrerez l'intégralité du projet de Constitution Européenne soumis à référendum, sur 10 cassettes qui seront dupliquées et envoyées dans toute la France pour que les non et mal-voyants connaissent l'objet du référendum du 29 mai 2005.

Mon cher Serge, votre action va dépasser les « frontières » de notre département lorsque vous entrez à la Fondation pour le Progrès en Éducation, au sein de l'Académie des Sciences Morales et Politiques de l'Institut de France.

Cette Fondation, dont vous venez d'être élu Président, agit pour faire connaître et contribuer à promouvoir les réalisations qui favorisent les structures éducatives aptes à former des êtres heureux, utiles et équilibrés.

Malgré tous ces engagements, vous conservez et maintenez toujours ce lien affectif avec le Loir-et-Cher puisque, depuis de nombreuses années, votre signature apparaît dans La Renaissance du Loir-et-Cher au bas de critiques de cinéma et de reportages dans les cantons de Marchenoir et d'Ouzouer-le-Marché.

Et puis, votre sens du service pour les autres, vous conduit aussi à participer à des actions de la Croix-Rouge ou de l'Ordre de Malte, en plusieurs endroits du département.

Au milieu de toutes ces activités, vous avez également, avec Madeleine, mené une vie de famille attentive auprès de votre fille Christabel. Et vous profitez aujourd’hui pleinement de vos trois petits-enfants Apolline, Grégoire et Ariane.

Vous êtes, Serge, un homme apprécié de l’ensemble de vos interlocuteurs, qu’ils soient institutionnels ou associatifs.

Vos rapports avec eux sont marqués par la confiance et la plus grande courtoisie.
Pour votre esprit d’initiative, votre disponibilité et votre sens élevé de l’intérêt général, je suis particulièrement fier de vous remettre aujourd’hui cette distinction, dans le Premier des Ordres de la République Française, signe de reconnaissance de la Nation.

Monsieur Serge MOTTUEL, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

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