Éloge funèbre de Monsieur Kléber Loustau

Éloge funèbre de Monsieur Kléber Loustau

prononcé par Maurice Leroy
Député de Loir-et-Cher, Président du conseil général


Kléber Loustau était un grand Monsieur.
La classe et l'autorité naturelle qui se dégageaient de sa silhouette suscitaient chez chacun de ses interlocuteurs le respect, en même temps qu'il savait s'attacher leur confiance, par cette courtoisie et cette élégance du langage propre à la IVe République.
L'œil clair et vif savait sonder les cœurs et percer les esprits.
Les circonstances dramatiques de sa disparition nous rappellent brutalement combien nous sommes peu de chose face au grand dessein de la Vie et de la Mort.

Le maire de Selles vient d'exprimer tout le chagrin et toute l'émotion des Sellois pour celui qui fut leur maire et conseiller général, flambeau qu'il avait admirablement transmis à Alain Quillout, qui tout comme Kléber Loustau, a été un bâtisseur infatigable de l'identité loir-et-chérienne.

Travailleur acharné, homme de dossiers, il s'entourait de quelques collaborateurs de confiance parmi lesquels, André Moulinier, Joëlle Le Mouël, Madeleine Leroux et son fidèle secrétaire sellois, Christian Cadoux.

Au nom de l'ensemble des élus départementaux je m'attacherai à rendre hommage à l'action départementale et nationale qui fut celle de Kléber Loustau, serviteur de l'État et de la nation, pionnier de la décentralisation.

Je souhaite associer à mes propos monsieur le Préfet ainsi que mes collègues parlementaires, en vous transmettant les regrets de Pierre Fauchon de n'avoir pu être parmi nous. Il préside en effet, en ce moment même, un colloque consacré à la loi dont il est l'auteur sur la responsabilité juridique des élus locaux à Saint-Brieuc. Il m'a chargé de vous faire part de l'émotion qui est la sienne.

Homme du peuple, le parcours de Kléber Loustau symbolise l'histoire tumultueuse de la France de l'après première guerre mondiale, de ses luttes et de ses peurs.

Il en exprimera le courage, celui de s'engager dans la Résistance, la force des convictions résolument réformatrices, sociales et démocrates et cet engagement total et intransigeant au service de la République et de la France.

Il gardera toujours chevillé au cœur la fidélité à l'esprit de ses origines ouvrières et de ses engagements syndicaux.

A la Libération, il est nommé Sous-Préfet de Romorantin. Sa passion pour le combat politique, pour les idées autant que pour les hommes, le conduit à solliciter les suffrages de ses concitoyens. Élu Député de la seconde Assemblée constituante en 1946, il siègera au Palais Bourbon, devenue Assemblée Nationale pendant toute la IVe République. Le fil conducteur de sa vie politique, c'est la sociale-démocratie.  Viscéralement opposé à l'URSS de Staline, il le fut tout autant s'agissant du programme commun et de l'alliance du Parti socialiste auquel il a appartenu jusqu'en 1976. Attaché à la conjugaison entre liberté et égalité au service de l'Homme, européen -il vota le projet de Communauté Européenne de Défense en 1955 - décentralisateur, réformateur, il fut un authentique homme du Centre.         

Élu du Loir-et-Cher et membre de la commission de la production industrielle, ses propositions de loi tendant à la création de caisses de calamités viticoles ou encore tendant à mettre à parité le salaire minimum garanti des travailleurs de la terre, le firent remarquer.

Le 1er février 1956 il entre au Gouvernement comme sous-secrétaire d'État à l'agriculture de Guy Mollet puis devient secrétaire d'État à l'équipement et au plan agricoles dans le cabinet Bourges-Maunoury.

Bien plus tard, en 1973, le sort aidé par quelques habiles élus loir-et-chériens va donner un tour nouveau à sa déjà longue carrière politique puisqu'il accède, contre toute attente, à la présidence du Conseil Général.

Il présidera aux destinées départementales jusqu'en 1988 et incarnera la décentralisation. Son investissement personnel de chaque instant, son habileté en même temps que sa fermeté, en feront l'homme des circonstances qui permit au Département jusqu'alors chambre d'enregistrement des décisions de l'État, de devenir une véritable collectivité territoriale à la période charnière de 1982 et des années qui suivirent.

D'un naturel bienveillant son tempérament marquait les élus de l'Assemblée départementale qui se souviennent de quelques "fausses colères" lorsqu'il en jugeait l'opportunité, pour distribuer "une avoinée" comme il le disait lui-même. Sa stature et la justesse de sa pensée suffisaient d'ordinaire à agir sur ses interlocuteurs. Il aimait le dialogue et chercher le consensus à chaque fois qu'il était possible.

Pionnier de la décentralisation, il a fait en sorte que le Conseil Général s'attache à exercer ses missions nouvelles et ses responsabilités sans tomber dans l'écueil de l'imbroglio des compétences et financements croisés.

Il y a dans l'œuvre de Kléber Loustau, assurément, des leçons dont nous pouvons nous inspirer dans les débats qui nous préoccupent aujourd'hui sur l'évolution territoriale de notre pays. Élu du sud, il avait le sens aigu de l'intérêt et de l'équilibre départementaux. Il s'est par exemple engagé personnellement pour soutenir le combat des élus vendômois afin d'arracher à la SNCF un arrêt TGV à Vendôme.  

Le Loir-et-Cher doit également à Kléber Loustau une politique ambitieuse en matière d'équipement et d'infrastructures, ainsi qu'en matière culturelle, avec par exemple l'été culturel devenu Festillésime, qu'il a initié en s'appuyant sur les idées et les compétences de Pierre Fauchon en ce domaine.

Mesdames, Messieurs, notre Département vient de perdre un de ses bâtisseurs les plus ardents.

Au nom de l'Assemblée départementale, en mon nom propre, j'adresse à ses enfants et à ses petits enfants, à sa famille et à ses proches, nos condoléances profondément émues et attristées en même temps que l'expression de notre profonde reconnaissance et de notre respect.      

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